Le Baiser - Paul Eluard

Un coq ŕ la porte de l’aube
Un coq battant de cloche
Brise le temps nocturne sur des galets de promptitude

Un lancer de ramages
Entre deux transparences inégales
On ne va pas si tôt lever la tęte
Vers la lumičre qui s’assemble
Mais la baisser
Sur une bouche plus vorace qu’une murčne
Sur une bouche qui se cache sous les paupičres
Et qui bientôt se cachera derričre les yeux
Porteuse de ręves nouveaux
La plus douce des charrues
Inutile indispensable
Elle sait la place de chaque chose
Dans le silence
Collier rompu des mots rebelles
Une autre bouche pour litičre
Compagne des herbes fiévreuses
Ennemie des pičges
Sauvage et bonne formée pour tous
Et pour personne
Bouche oublieuse du langage
Bouche éclairée par les mirages de la nuit

Le premier pas sur cette route franche
Monotone comme un enfant
Mille orchidées ŕ l’infini
Brillant brűlant pont vivant
Image écho reflet d’une naisance perpétuelle

C’est gagner un instant
Pour ne plus jamais douter de durer.

(Paul Éluard, La Rose publique, 1934)


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