Blason des arbres - Paul Eluard

Bouche folle ou sage
Il te faut parler
Bouche ouverte ou close
Il te faut ręver
Plus haut que ton souffle

Paroles paroles pendues
Aux plumes vérités des nids

Entre les branches dessinées
Du mur sans fin de la foręt
Les étoiles des œufs s’amassent
C’est le bouleau la coquille
Et les roues fusées en ailes

De douces devenant subtiles
Les bouches tremblent de savoir
Légčre brise sur les îles

Et mille plages c’est l’aune
Ou le tremble sans rupture
La caresse s’éternise
Dans ce globe de verdure
Piétiné par les oiseaux

Il a plus sur les acacias
Poitrines que la fraîcheur męle
Seins libérés des jours des heures
Tempes marquant un pas fidčle
Grand’route éprouvant son pouvoir

Une autre nuit que notre nuit
La chaleur aveuglante et crue
Sűre de retrouver sa force
Entre les doigts entre les bras
Entre les membres du platane

C’est le cyprčs sur les tombeaux
Et pour tout dire il faut mentir
Les mots les morts découronnés
Plongent leur ombre dans son ombre
Sans sortir d’un sommeil de pierre

Vite comblez-moi cette orničre
Car une autre orničre vous guette
Le plus bel astre perd racine
La nuit vous moulera la tęte
L’if en flammes n’allume rien

Le sapin aux lčvres dures
Le pin qui sait bien se taire
Le noyer ŕ son ouvrage
Le tilleul ŕ son parfum
Comme un sourd ŕ son silence

L’arbre en cercle des voyages
L’arbre des sentiers communs
L’arbre d’émail roux et blanc
L’arbre aux lianes bouillonnantes
L’arbre des maisons en ruines

Le hętre aux paniers troués
Le fręne aux épaules calmes
L’orme redoutable aux hommes
Le prisme du peuplier
Et le saule au bout d’un fil

L’orage honnęte s’épuise
Ŕ contredire l’espace
Qu’ils se chargent de combler
L’aune envoűte la rivičre
Le charme adoucit le chęne

Le chęne adoucit l’amour
Ses os orientent ses veines
Le miel dort dans sa fourrure
Et la houle de la mousse
Recouvre ses vieilles graines

L’océan tout est préservé
C’est la cloche le chęne sonne

Le vent fait battre son cœur
Chaque vague chaque feuille
Change voit clair et rayonne

Les ailes ont quitté le corps
De la foręt l’arbre s’envole

Il rčgne de la terre au ciel
Il s’éclaircit il prend des forces
Il chante et peuple le désert

Un plus tendre bois
Un miroir plus vert
Une seule voix
Reflčtent l’azur
Sous toutes ses faces.


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